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Le jeûne est-ce bien sérieux ?

Trop de nourriture, trop de pression, trop d'activités : le jeûne soulage les maladies du “trop”…

Chaque année, entre 4000 et 5000 personnes* pratiqueraient le jeûne en France. Des chiffres à prendre avec précaution tant les études manquent sur les pratiques réelles. Seule certitude, « en France, la pratique du jeûne fait actuellement l'objet d'un engouement du grand public », selon l'Institut national du cancer.

Le jeûne est l'une des approches d'auto-guérison les plus anciennes. À l'origine, le jeûne associé à la purification de l'âme appartenait au domaine des religions. Mais très vite, ses vertus thérapeutiques ont suscité de l'intérêt. Le médecin grec Hippocrate (460-377 av. J.-C.), père de la médecine moderne, en a été l'un de ses premiers défenseurs, affirmant qu'il valait mieux "soigner ses petits maux par le jeûne plutôt que de recourir aux médicaments".

Les règles du jeûne

Le jeûne consiste à réduire partiellement ou totalement l'alimentation sur une période donnée. Plusieurs méthodes existent : le jeûne hydrique se résume à la consommation d'eau assortie d'une mise au repos de l'organisme. Le jeûne Buchinger autorise quotidiennement un jus de fruits et légumes (à hauteur de 200 calories), un bouillon de légumes filtrés, des temps d'activité physique douce et des temps de repos. Enfin, le jeûne sec, sans eau, ni jus est le plus strict.

Côté durée, si une cure de 7 jours est souvent d'usage (sauf pour le jeûne strict, 3 jours maximum), le jeûne peut être aussi envisagé au quotidien avec le jeûne dit « intermittent » de 16, 24 ou 36 heures.

En France, seuls sont autorisés les jeûnes dits de « bien-être » de 1 à 2 semaines, qui s'adressent à des personnes en forme (contre-indiqué aux femmes enceintes ou allaitantes, aux enfants). Dans d'autres pays, comme l'Allemagne, l'Espagne, la Russie, ou encore Le Canada, peuvent se pratiquer des jeûnes dits « thérapeutiques ». Ils offrent un accompagnement médical qui permet de prendre en charge des pathologies lourdes, aiguës ou chroniques : diabète de type 2, cancer, hypertension, cholestérol, obésité, stéatose, hépatite chronique, dépression, fibromyalgie, goutte, migraines chroniques, polyarthrite rhumatoïde, sclérose en plaques ou encore la maladie de Parkinson.

Les vertus du jeûne

Le jeûne ne guérit aucune maladie. Selon l'Américain Herbert Shelton (1895-1985), père de la naturopathie, « le jeûne ne restaure pas la santé, il permet à l'organisme de se guérir lui-même, en donnant un repos complet aux organes vitaux ». Jeûner entraîne un repos physiologique permettant au corps d'éliminer les toxines et les déchets accumulés, et favorise la régénération cellulaires et les réparations tissulaires. De quoi placer l'organisme dans des conditions de guérison optimales face à certaines maladies (citées plus haut). Pour le Dr Lionel Coudron, médecin et professeur de yoga, la pratique régulière du jeûne, sur le long terme, permettrait de mieux vieillir.

Une piste contre le stress

Le stress est la manifestation d'un trop-plein : trop de nourriture, trop d'activité, trop de pression... « Le jeûne soulage les maladies du "trop" », insiste le Dr Françoise Wilhelmi de Toledo qui dirige la clinique Buchinger en Allemagne. Il offre une parenthèse qui invite à renouer avec la simplicité : boire de l'eau, manger des choses simples, dormir, rêvasser. Jeûner permet de se retrouver, de se reconnecter à soi, à son intuition, à l'essentiel et non plus à sa tablette ou à son agenda saturé. Côté métabolisme, le cerveau apprécie ces séquences qui lui offrent des corps cétoniques (générés par le jeûne) boostant l'énergie et la concentration, plutôt que du glucose alimentaire (lire l'encadré ci-dessous). En outre, pendant un jeûne, la production de certaines hormones, dont la sérotonine ou « hormone du bonheur », augmente. Ces éléments expliquent le bien-être ressenti pendant et après un jeûne et son grand potentiel pour combattre les effets du stress.

Pourquoi la science boude le jeûne ?

Bien que le prix Nobel de médecine 2016 ait été attribué au Japonais Yoshinori Ohsumi pour ses travaux sur le mécanisme de l'autophagie, la communauté scientifique ne reconnait pas les vertus thérapeutiques du jeûne, faute d'études probantes.

Cette défiance ne date pas d'hier...

Retrouvez l'intégralité de cet article dans la Revue mensuelle du Club Solutions Santé Nature n°2(novembre 2018)

NATHALIE, 54 ans - « J'étais très stressée, le jeûne m'a permis de trouver la paix »

La responsable de ressources humaines sortait d'un divorce difficile et ne parvenait plus à maîtriser son stress et ses angoisses. Elle a tenté l'expérience du jeûne. Avec succès.

« Je ne savais plus quoi faire pour gérer mon stress et mon anxiété. J'avais beau prendre des plantes, des sédatifs, rien ne stoppait le petit vélo que j'avais dans la tête et les crampes d'estomac.

Après avoir vu le documentaire de Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman, « Le jeûne, une nouvelle thérapie ? » (2011), j'ai décidé d'essayer de jeûner.

Au début, beaucoup d'émotions négatives sont remontées à la surface. J'ai aussi ressenti un mal-être physique : courbatures, migraines, insomnies, crampes.

Une fois ces premiers jours passés, je n'ai rencontré aucune difficulté. Je me suis sentie plus en phase avec moi-même. J'ai finalement digéré tout ce qui m'empêchait d'avancer.

Ce jeûne m'a permis de trouver la paix et la sérénité, de faire le point, et de comprendre ce que je voulais vraiment et comment y arriver. Une chose est sûre : après ce jeûne, je me sens beaucoup plus légère et apaisée. »

Les effets du jeûne sur notre métabolisme

A l'image d'une voiture, le corps a besoin de carburant, le glucose. Il est apporté par l'alimentation, puis est utilisé immédiatement par les cellules qui en ont besoin pour fonctionner. Le glucose non utilisé est ensuite stocké sous forme de réserve appelée glycogène. Cette réserve d'appoint est limitée et permet juste de sauter un repas sans s'évanouir. L'excédent est stocké dans les zones adipeuses, les triglycérides. Au bout de 36 heures de jeûne, le corps fabrique du glucose sans composés glucidiques à partir du gras, c'est la". Elle s'effectue grâce aux hormones dites « de contre-régulation » : adrénaline, glucagon, cortisol, hormone de croissance. Elles permettent de libérer les stocks de glycogène et de consommer les graisses. Non seulement, l'organisme continue à fonctionner, mais il le fait alors en mode accéléré. En jeûnant, l'hormone de croissance qui aide à la création de la masse musculaire et à la récupération, augmente et accélère votre métabolisme de 3,6 et 14%.

*Source : Rapport « Jeûne, régimes restrictifs et cancer », INCA nov. 2017.

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